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Dossier: Elles font dans la dentelle!

Elles font dans la dentelle!

Elles font dans la dentelle!



Tel un hommage aux images du passé et à ces dentellières s’installant à la belle saison près de la montée d'une grange, et l'hiver venu chez les "béates", on dit alors qu'elles faisaient "couvige"...entendez-vous au loin, en fond musical, le cliquetis des fuseaux, les bavardages et les chants de ces dames qui passent un agréable moment tout en travaillant?

Aujourd'hui encore faites main par une poignées de passionnées, les dentelles et broderies en général sont aussi l’œuvre des machinent mais gardent, d’où qu'elles viennent, leur charme unique.


Mystérieuses origines

 


Si les sources demeurent inconnues, certains auteurs considèrent le Velay comme le berceau de la dentelle.

D'après la légende, c'est en mars 1407 que la dentelle au fuseau voit le jour lorsqu'une jeune brodeuse, au doux nom d'Isabelle Mamour, crée la dentelle à l'occasion du Grand Jubilé du 25 mars 1407. L'évêque, Elie de l'Estrange, lui demande alors de décorer le manteau de la Vierge Noire.

En cherchant pendant plus d'un mois à réaliser un ouvrage exceptionnel et des plus fins, elle a l'idée d'attacher à des épingles plusieurs navettes de fils. Par l'enlacement des navettes et le jeu des épingles, elle obtient un tissu transparent d'une finesse extrême.

D'autres prétendent par ailleurs que, pendant tout le Moyen Age, la ville du Puy en Velay, départ des chemins de Saint Jacques de Compostelle, est devenue une grande ville de pèlerinages attirant de nombreuses foules, marchands et colporteurs.

Ce sont, selon eux, ces derniers qui ont introduit alors la dentelle en Velay et en ont enseigné les rudiments et techniques.

Le succès de ces dentelles est tel, qu'au XVIIème siècle, le roi Louis XII en règlemente l'usage jusqu'à l'interdire sous peine d'amende en 1639.

L'annonce est amère et rude pour les dentellières du Puy qui, fort heureusement, trouvent grâce aux yeux du père Jean-François Régis des Plas qui les prend sous sa protection. Il devint alors, après sa canonisation en 1737, leur Saint Patron.

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Louise-Marie de Conti (1588-1631): exemple d'un extraordinaire travail de dentelle au XVIIème siècle pour les dames de la cour du roi.


Les "Béates"


En 1665, ce sont celles qu'on appelle les "Béates" qui propagent à la fois la pratique de la religion et la technique de la dentelle dans les campagnes.

L'institut des Dames de l'Instruction, crée sur l'initiative d'Anne-Marie Martel et de l'abbé Tronson, s'appuie sur une constatation toute simple. Bien souvent, les dentellières apprennent et développent leur œuvre au détriment de leur instruction et de l'éducation de leurs enfants. Pour palier ces lacunes, les "Béates" partent en mission dans les villages.

Célibataires mi-laïques, mi-religieuses, logeant dans des maisons construites par les villageois, elles ont pour rôle principal de réunir et de garder les enfants auxquels elles apprennent à lire, écrire et compter.

Elles s'occupent également de surveiller et d'améliorer le travail des dentellières, de seconder le curé en disant les prières, en sonnant l'angélus, de soigner les malades...

En 1881, elles étaient 777 en activités dans toute la France, en 1990, elles n'étaient plus qu'un poignée, aujourd'hui elles ont complètement disparuent...seules leurs maison appelées "assemblées" car elles y réunissaient les femmes du village l'hiver, sont encore visibles et témoignent de ce passé de nos campagnes.

9ef7ed268e0d249a9a0cfbe794b454d0.gifBéate du XVIIIème siècle.

Les leveuses

 

Au XVIIIème siècle, afin de facilité le commerce dans ces zones très rurales et dispersées, il fut créer le rôle de "leveuses", des intermédiaires habitant les chefs-lieu des paroisses qui sillonnaient les campagnes afin de collecter les travaux chaque mois ou quinzaine, d'apporter conseils ou critiques, de distribuer les futurs modèles en fonction des capacités de chaque dentellière.

                                                      

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Musée de la Dentelle du Puy en Velay.

Tout un Art...

 

Au XVIIIème siècle les "blondes" font leur apparition. Afin de lutter contre concurrence grandissante, les ouvrages sont de plus en plus soffistiqués ainsi, les "blondes" plus légères, plus fines et plus élaborées apportent un regain de commerce dentellier du Puy.

Cependant à la fin de ce même siècle la dentelle faillit disparaitre lorsqu'on interdit les "Béates" de poursuivre leur activité après la révolution française. Celles-ci se cachèrent et les dentellières abandonnèrent leurs carreaux.



Pourtant, grâce aux prix reçus à l'Exposition Universelle de Paris en 1802, la dentelle du Puy repris de l'essor. Et c'est Théodore Falcon, de part son esprit inventif et raffiné, qui va redorer le blason de l'Art dentellier.

Il créera la première école de la dentelle en 1838 au succès fulgurant et un musée de la dentelle en 1856.

Le XIXème siècle connaitra la plus grande apogée de la dentelle du Puy ou des dentelliers de Paris, Normandie, des maisons de haute-couture feront appel aux dentellières du Puy pour leur qualité de confection.

Le XXème siècle, quant à lui, va perdre progressivement ses "Béates" suite à la mise en place de l'enseignement primaire par Jules Ferry, remplaçant celles-ci par des institutrices ne connaissant malheureusement pas le métier de dentellière.

Les guerres de 1914-18 et 1939-45 finiront de mettre entre parenthèse ce métier...Cependant, grâce au combat de dentelliers et de députés, la dentelle du Puy reprendra vie sous forme d'écoles adaptées à la vie rurale et d'un conservatoire de la dentelle devenu aujourd'hui "le Centre d'Enseignement de la Dentelle au Fuseau".

Aujourd'hui, la dentelle est un patrimoine, une richesse et une fierté de notre pays. Elle connait un succès dans le monde entier.

Évidement, nous ne pouvons conclure sans penser aux autres "dentelles" célèbres de France, comme les dentelles de Normandie, de Savoie, l’Alençon et la fameuse dentelle de Calais...mais bien que celles-ci ont leur propre histoire, je rend aujourd'hui hommage aux dentelles du Puy, puisqu'il s'agit de mes racines.


A savoir!

dentelle17.jpgCarreau de dentellière.

Principalement réalisée sur des fils de coton ou de lin, sachez que la dentelle peut se faire d'exception et d'extrême finesse avec de la soie, de l'or ou de l'argent.

Elle ne boude pas non plus la laine pour venir illustrer comme il se doit vos parures de lit et principalement les couvre-lits hivernaux.

Tout commence par le carton, c'est à dire le patron. Sa réalisation fait appel à différents métiers. Le dessinateur, l'artiste, conçoit u modèle selon son inspiration, la mode, ou à la demande d'un fabricant.

Ensuite vient le travail du metteur en carte qui transpose le dessin sur un calque ou il détermine l'emplacement des épingles, le passage des fuseaux et leur nombre. Puis le piqueur place ce calque sur les cartons qui seront percés aux emplacements des épingles.

Enfin, la crayonneuse trace à l'encre les signes, dessins et couleurs conventionnels suivant les instructions du metteur en carte.



Et vous, vous vous y mettez quand?


 

 

 

Le site officiel de la dentelle du Puy en Velay:

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Témoignage émouvant d'un expatrié dentellier Belcairois

 

Très jolis recueils de témoignage d'enfants du Pays sur le blog "les carnets de Mathilde".

Un dossier très complet sur l'histoire de la dentelle sur "site du jour".